Das Kempinski Bristol Hotel Berlin
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« L’énoncé est le produit d’un agencement, toujours collectif, qui met en jeu, en nous et hors de nous, des populations, des multiplicités, des territoires, des devenirs, des affects, des événements. (…) Aussi la seule unité de l’agencement est de co-fonctionnement. » (1)
Chez Paola Yacoub (*1966, Liban) et Michel Lasserre (*1947, France), l’agencement originel relève de l’édition – édition d’images, ou d’images et de textes d’actualité, a priori sans lien direct, mais comme « tramés » ensemble. « Toute édition est une co-énonciation, expliquent-ils. Elle médiatise l’ensemble des rapports co-présents d’un seul tenantâ€. Leur travail et processus d’édition fonctionne ainsi par collages, agencements successifs, fugaces, produisant autant de points de concentration… momentanés. Ensuite, à l’épreuve du regardeur, cette co-énonciation redouble, s’ouvre absolument. “Il n’y a pas d’accordâ€, concluent les artistes, avant de poursuivre méthodiquement les recherches… Sans doute n’est-il pas un hasard que le travail de P. Yacoub et M. Lasserre, centré sur l’image, son statut, ses changements d’aspect, sa sensibilité plus ou moins forte à l’événement et au contexte d’énonciation (contexte de prise de vue comme d’exposition), un travail ouvert par méthode, soit le fruit d’une collaboration entre deux artistes, opérant ainsi comme une production qui n’est à aucun des deux – « mais entre 2, 3, 4… n » (G.D.).
Dans le prolongement de leurs travaux récents, axés sur la notion de « format » (cf O.V. – Original Version, qui se déploie depuis 2004), l’exposition Hotel Lobbies s’inscrit dans le cadre du projet à long terme Newsletter, qui interroge, selon une position sceptique, le mode d’existence des images, leur situation à l’ère des nouveaux médias, comme les enjeux de la numérisation et la structure fonctionnelle des logiciels. Présenté presque simultanément à Berlin (MARS), Umea (BildMüseet– Uméa Universitet) et Genève (CIC), Hotel Lobbies prend la forme d’un dispositif associant un “show†diffusé sur écran plat (protocole de présentation évoquant les écrans publics de diffusion d’informations), photographies (vues d’intérieur du Kempinski Bristol hôtel Berlin) et texte (liste commémorative des dirigeants occidentaux ayant séjourné “au Kempinski†durant la guerre froide). Selon P. Yacoub et M. Lasserre, “les lobbies des hôtels sont souvent traversés par des événements, négociations, enlèvements qui changent leur aspect, pondèrent leur image et leur nom dans l’histoire. Ces hôtels entrent ainsi en collision avec un événement et le contractent dans leur aspect. Les images des hôtels se révèlent propices à ces collisions avec un événement contingent. »
« Le Kempinski Bristol Hotel Berlin reste l’hôtel de la guerre froide du camp occidental, tous les dirigeants de l’Ouest y ont résidé. A l’opposé, le Park-in hôtel, aussi à Berlin, est toujours l’hôtel de référence du camp soviétique. L’hôtel Europa, à Amsterdam, porte le souvenir intense des années 30, quand il fut la plaque tournante des émigrants qui fuyaient le régime nazi vers les États-unis. En Asie, le Regent Tourist Hotel à Gwangju restera associé aux 2000 morts de la révolte étudiante de 1985. Aux USA émerge, à Dallas, l’hôtel que le Président Kennedy quitta avant son assassinat. A Beyrouth, enfin, la principale bataille de la guerre civile s’est tenue dans le quartier des hôtels, qui constitue par ailleurs la scène d’assassinat de Rafik Hariri… ». (P. Yacoub/M. Lasserre)
(1) Gilles Deleuze, in Dialogues, Gilles Deleuze et Claire Parnet, éd. Flammarion, Coll. Champs, 2000.
